novembre 2016
Catégorie: 
Layla Belmahi

Si Montréal était une coloc'

Jeudi 22 septembre, nous avons tenu l’événement Tours de tables. Des Montréalais ont reçu chez eux d’autres Montréalais pour discuter de leur ville et de son avenir.

L’événement a été pensé pour provoquer des rencontres inusitées entre des individus qui se côtoient au quotidien dans leurs quartiers, sans se parler. Cela, autours de deux passions largement partagées : Montréal et la bouffe. Nous avons monté les tablées en jumelant les hôtes avec leurs invités, et les hôtes décidaient du style de la soirée.

Afin de nous assurer que l’événement soit le plus inclusif possible, nous avons également décliné la formule en organisant certaines tables à l'avance : trois tables au Centre des Jeunes Boyce-Viau avec respectivement des enfants, des adolescents et des femmes, deux tables avec des réfugiés en partenariat avec SINGA Québec, un organisme spécialisé dans l’échange entre réfugiés et société d’accueil, une table intergénérationnelle avec la Société de Recherche en Orientation Humaine (SROH), et une table de personnes sourdes.

J’ai été hôtesse lors de la soirée Tours de tables et j’ai reçu chez moi, en collaboration avec SINGA, des Montréalais d’origines marocaine et syrienne, plusieurs d’entre eux étant venus ici comme réfugiés. Notre discussion sur Montréal était pour le moins nouvelle puisque personne autour de la table n’avait grandi à Montréal, ce qui implique un regard différent et un certain recul sur notre métropole.

On s’entendait tous sur le fait qu’on aime beaucoup cette ville, même si tout le monde n’avait pas nécessairement atterri à Montréal par choix. Toutefois, un moment de la conversation continue de se jouer en replay dans mon esprit. On a parlé du multiculturalisme assez incroyable de notre ville qui est un réel modèle de vivre ensemble. On a aussi parlé d’individualisme, puisque nous venions tous de villes où le sens de la communauté et le groupe priment souvent sur l’individu. Et nous nous sommes rendus compte que l’individualisme Montréalais s’explique par la diversité des modes de vie de chacun, certaines barrières comme la langue, et le manque d’espaces qui favorisent la création de liens. Parce que oui, on a des immenses parcs et des places publiques, mais à quel point s’agit-il d’espaces de conversations sociales?

On y va soit seuls, soit accompagnés, mais on ne se mélange pas avec les autres. Et nous nous sommes dit que cela peut sembler contradictoire, mais que c’est peut-être justement cet individualisme-là, le fait qu’on est tous dans une bulle et qu’on ne veut surtout pas popper celle de l’autre, qui fait que la société Montréalaise fonctionne aussi bien et avec aussi peu de tensions en comparaison avec d’autres endroits.

Je me demande encore si on vit vraiment ensemble, ou si on ne serait pas plutôt en cohabitation. Si Montréal était une colocation, ça ressemblerait à quoi ? Est-ce que c’est le type de coloc’ où tout le monde s’occupe d’un aspect particulier du fonctionnement de l’appartement pour que tout le monde en profite ? Ou est-ce plutôt le genre de coloc’ où ça se passe bien parce que chacun s’occupe de ses affaires de son côté et sort rarement de sa chambre ? Le salon, seul espace partagé de la coloc, vous ferait penser à quels lieux Montréalais ?

Mon impression est qu’on se situerait un peu plus du côté de la deuxième coloc’, les chambres étant les différents quartiers de Montréal. Je me rends compte que je me complais de plus en plus dans ma vie de quartier et que finalement, mon chez-moi Montréalais, ce n’est pas toute la ville mais bien mon quartier. J’aime discuter avec les commerçants qui sont là depuis longtemps, encourager ceux qui viennent d’emménager, aller chercher mon panier de légumes à la même place le même jour, voir les films qui m'intéressent au cinéma le plus proche, rencontrer mes amis qui eux aussi vivent près de chez moi… Pour faire court, je sors assez peu de ma zone de confort puisque je peux trouver tout ce dont j’ai besoin dans mon petit cocon de quelques kilomètres carrés. Et c’est quelque chose d’assez nouveau pour moi qui ai grandi dans une ville plus petite et où, chaque quartier ayant une fonction différente, il était nécessaire de se déplacer à travers la ville et de côtoyer des gens aux intérêts et aux milieux sociaux différents.

Après les Tours de tables, on pense encore plus que les Montréalais ont un besoin réel d’espaces qui favorisent la création de liens sociaux. Et si on repensait le salon de la coloc’ pour en faire quelque chose qui plait à tous et qui permet un vivre ensemble réel et plus d’inclusion sociale ?